Ocean Rain

Echo and the Bunnymen

OCEAN RAIN

1979 : en Angleterre, le punk brûle ses dernières mèches mais des cendres encore chaudes émerge déjà une nouvelle génération de groupes qui au fil des mois élaborent une musique glacée et intense fascinant une génération en mal d'idéal. Alors que Joy Division, Wire ou The Cure ont déjà posé les bases du renouveau musical, à Liverpool, 3 jeunes gens s'associent à une boîte à rythme (Echo) pour quelques concerts avant qu'une panne de trop ne provoque le remplacement d'Echo par un batteur. Ian Mc Culloch au chant, Will Sargent à la guitare, Les Pattinson à la basse, Pete De Freitas aux percussions forment un cocktail qui s'avérera explosif.

Leur premier single Pictures on my wall est encensé par la critique musicale du pays qui ne s'était plus intéressée aux rives de la Mersey depuis les Beatles. En 1980, le groupe sort son premier LP Crocodiles, qui confirme tous les espoirs placés en lui. Au programme, énergie héritée du punk made in New York et mélodies à tous les étages entre roulement de batteries compulsifs et guitare décharnées, et puis la voix de Mc Culloch, un des meilleurs chanteurs de sa génération. Suivront Heaven Up here (1981), plus sombre et certainement une des pièces maîtresses de l'édifice, puis Porcupine (1983) contenant les deux premiers hits the Cutter et the back of love qui propulsent le groupe sur le devant de la scène.

Et puis il y a le cas Ocean Rain, enregistré en 1984, en grande partie à Paris. Que dire lorsque la musique se suffit à elle-même ? Ce disque possède le parfum délicieux des pluies d'automne. La pureté qui s'en dégage est de celles qui succèdent aux déluges. Si le groupe se noie, c'est pour mieux émerger et façonner son arche de Noé, écrin idéal pour une pop sombre mais limpide. Les joyaux sont ici parfaitement mis en valeur par un chant apaisé et une rythmique claire soulignée par l'addition de quelques violons. Des chansons comme the killing Moon ou Seven seas sont tout simplement parfaites, et comme parfois il y a une justice ce seront des tubes. Le thème de la rédemption est omniprésent (Leonard Cohen n'aurait pas renié un titre comme Thorn of crowns) et atteint son paroxysme avec Ocean Rain, la chanson titre qui clôt l'album et peut-être la meilleure chanson jamais écrite par McCulloch.

Après ça rien ne sera plus pareil. Peu à peu la lassitude s'installe, le groupe se sépare alors que le succès est grandissant et que l'Amérique lui tend les bras. Ils auraient pu devenir énormes, ils préfèrent se retirer pour conserver leur intégrité. Cependant l'histoire ne s'arrête pas là. Le groupe s'est reformé en 1997 ( moins De Freitas tué dans un accident de moto) pour une des rares reformations réussies de l'histoire du rock, au niveau artistique s'entend, car au niveau médiatique c'est une autre paire de manches. Les trois LP sortis depuis (Evergreen , What are you going to do with your life et Flowers le dernier en date) sont des réussites discrètes . Et pourtant l'esprit des hommes-lapins se fait sentir plus que jamais. Echo&theBunnymen est l'influence revendiquée de groupes comme Coldplay ou Mercury Rev ainsi que de toute la nouvelle garde new-yorkaise, Strokes et Interpol en tête. Affaire à suivre...

 

  A.L.