On The Beach

Neil Young

ON THE BEACH

Il fut un temps où cet album était assez difficile à se procurer et constituait une sorte d’El Dorado pour tout fan de Neil Young cherchant à fouiner hors des sentiers battus d’une discographie pourtant riche. En effet cet album n’avait jamais été édité en CD jusqu’en ce juillet 2003. C’est le cas d’une poignée d’autres album de Neil Young plus ou moins convaincants (Re-ac-tor, Hawks and Doves, American Stars and Bars). Pourquoi cela ? Et bien allez donc demander à Neil Young, qui refusait le passage au numérique : toujours le même débat sur le vinyle et le CD. Peut-être ne s’agissaitt-il que d’un énième pied de nez à ses auditeurs, toujours est-il que On the Beach est resté très confidentiel jusqu’à aujourd’hui.

L’auditeur peu curieux ne connaîtra d’On the Beach que deux titres (et pas les meilleurs) figurant dans la compilation Decade : Walk on et For the turnstile . Deux titres qui, pris à part, ne laissent pas transparaître ce qu’est véritablement On the Beach : à savoir un tournant essentiel dans l’œuvre de Neil Young. Situé entre le sombre Tonight’s the Night et l’électrique Zuma, c’est bien le chaînon manquant sans lequel on peut s’interroger sur le brusque revirement apparent dans la musique de Neil Young. D’abord, une mise au point rapide.

Dans n’importe quel magasin de disque, vous pouvez trouver Tonight’s the night et Zuma. Observez les dates de parution : 1975, tous les deux ! Il s’agit en fait encore d’une anomalie dans la discographie de Neil Young : ne plaisant pas à la maison de disque, la sortie de Tonight’s the Night, enregistré en 1973, fut ajournée et eut lieu en 75, soit un an après la sortie de On the Beach (1974) : la même année que Zuma, donc. Vous me suivez ? Bon ! Situons le contexte : en 1973, Neil Young, très marqué par la mort par overdose de deux personnes de son proche entourage, enregistre son album le plus déchirant : Tonight’s the night. Cet album est à Neil Young ce qu’est le Plastic Ono Band à John Lennon : un album cathartique signifiant la fin d’un rêve.

Après avoir pansé ses plaies, il est temps pour le gars Young de repartir mais plus jamais les choses ne seront les mêmes, et cela s’entend clairement dans On the Beach. Certaines plages (On the Beach, Motion Picture et Ambulance Blues) dégagent l’amertume doucereuse d’un fruit gâté. Le ton est désenchanté, aussi, lorsque sonnent des velléités de révolte, l’énergie de certains morceaux vous fiche une claque (Revolution Blues, Vampire Blues). Ce qui marque dans cet album, et qui va à l’encontre des habitudes de Neil Young (à l’opposé de Everybody knows this is nowhere par exemple), c’est que les longues plages sont tristes et calmes tandis que ses brûlots électriques se trouvent être des formats plus classiques. La plus belle réussite de l’album est Revolution Blues, certainement l’une de ses meilleures chansons. Le propos est délicat : il parle ici de Charles Manson, qu’il côtoya jadis avant ses méfaits (Neil Young a même essayé de lui trouver une maison de disque). Cette chanson, donc, détonne dans l’ambiance feutrée de cet album, la basse balance, la mélodie agressive et la guitare incisive de Neil Young font merveille et tout cela se termine dans un de ces soli apocalyptiques comme seul le Loner sait nous gratifier. Les Sex Pistols eux-même avoueront plus tard apprécier ce titre !

A noter que sur On the Beach, Neil Young s’est attaché les services de deux membre de The Band (Levon Helm et Rick Danko). Cet album, dont la notoriété fut certes altérée par l’entêtement de Neil Young à vouloir préserver le format vinyle, reste malgré tout une référence dans sa discographie, pour preuve la présence de Motion Pictures et Vampire Blues au répertoire de petits jeunots comme Mercury Rev. L’album suivant, Zuma, délaissera cette amertume pour mieux entremêler toutes les influences assimilées par Neil Young au cours de ses précédents albums : l’aspect électrique avec le retour de Crazy Horse, ou les harmonies vocales avec ses vieux compères Crosby, Stills and Nash. On sentira malgré tout la filiation avec On the Beach dans des titres comme Cortez the Killer ou Danger Bird.

Bon, maintenant il ne vous reste plus qu’à vous précipiter chez votre disquaire pour acheter ce "nouveau" Neil Young. A savoir qu’il existe en format CD classique ou en format dit "vinyl" se rapprochant au maximum, toutes proportions gardées, du packaging original, ce qui semble approprié pour ce disque qui n’a jusque là vécu que sous ce seul support. Le fan que je suis ne pourra déplorer qu’une chose concernant la sortie officielle d’ On the Beach en CD : c’est la véritable excitation que procure la première écoute d’un album rare qu’on a mis du mal à posséder.

 

  Jim Bee