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Orchestra Baobab |
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J'ai connu le Sénégal en Avril dernier, pays de chaleur humaine, du lac Rose et ses milles tons, de St Louis et des villes chargées d'histoire, celle de la traite des esclaves. C'est aussi dans ce pays que je croisais le plus de baobabs à travers les routes, ce sont ces arbres aux branches tortueuses et aux racines diverses et fantasques. Baobab est justement le nom du groupe dont je vais vous parler. Cet orchestre a imposé ses sonorités dans un pays qui a une richesse culturelle et musicale incroyable, des frères Touré à Youssou N'Dour bien sûr l'ambassadeur, en passant par Ismaël Lo, le Tajabone de Tout sur ma mère et d'autres…
1970, le Sénégal est une jeune nation en confiance et libérée.
Les classes dominantes ont l'argent et le temps pour le dépenser. La
guerre civile en Casamance, région du sud du pays n'a pas encore débutée.
A Dakar, la capitale, un groupe de jeunes musiciens de différents groupes
ethniques du Sénégal, et même de pays un peu plus lointains
comme le Togo, le Nigéria ou le Maroc se joignirent pour former le
groupe d'une nouvelle boîte pour les politiciens, leurs femmes, leurs
maîtresses, leurs laquais. Cette boîte de nuit s'appellera le
Baobab club et son groupe l'Orchestra Baobab.
Le groupe mit au point un style cool et débonnaire de musique dansante, basée principalement sur la “pachanga" et le "son" cubain, mais mixé avec des styles de différentes régions du Sénégal et d'au-delà. Le son de Baobab est caractérisé par des solos de guitares éblouissants, des voix sentimentales, des brillants arrangements de cor.
Ca ressemble a du Buena Vista Social Club, diront certains avisés par
la vague cubaine de 1999. Ce n'est pas pour rien puisque c'est déjà
Nick Gold, directeur du label londonien World Circuit, qui avec le guitariste
américain Ry Cooder fît renaître les maîtres cubains
du Son et en fit la plus grosse vente world de l'histoire. Et les liens ne
s'arrêtent pas là…
Après la réedition d'un premier album Pirate's choice en 1989, Nick Gold revient pour réunir ces vétérans jeunes comme le Buena Vista et lance aujourd'hui Specialist in all styles.
C'est du wolof, dès le début, l'anglais de l'Afrique de l'Ouest,
et c'est dansant et joyeux avec les sons Cubains. Et puis, le solo de guitare
de Barthélémy Atisso, 56 ans, éblouit la chanson. Préparez
vous à 6min de bonheur simple. La suite n'est pas moins triste, Balla
Sidibe, 60 ans, l'un des leaders chante la valeur du partage dans la culture
africaine et l'importance des invités et de l'accueil… laissez
vous porter par le solo de saxo dans le pays de l'hospitalité.
La beauté se sent aussi dans la triste Dée moo woor
où Ndiouga Dieng, accompagné de la guitare d'Attisso, se demande
pourquoi la vie est si dure. Rudi Gomis nous invite, nous fans du Baobab,
à danser la "Salsa", les autres suivent jusqu'à l'hommage
au "sonéro" le plus connu Ibrahim Ferrer auquel l'orchestre
rend hommage et de quelle manière !
Le bougre infatigable chante sur ce morceau et on voyage à Cuba en español cette fois avec un autre invité de renom aussi Youssou N'Dour, directeur artistique sur ce CD. Les trois ultimes chansons sont des bijous qui rappellent que le son cubain était très populaire au Sénégal dans les 60's et les 70's. Puis la guitare, le saxo reviennent illustrant de nouveau le wolof et la boucle est bouclée…
La musique ne connaît pas de frontières et les métissages sont glorieux et ce grâce à certains producteurs et labels qui osent remonter à la source certaines musiques… Merci car les racines en sont souvent florissantes.
| Djah |