The Man Machine

Kraftwerk

THE MAN-MACHINE

Fin des seventies, dans une période dominée par l’électricité, quelques groupes inventent la musique électronique. Si parmi les précurseurs on peut citer l’incroyable duo new-yorkais « Suicide », les vrais créateurs du genre sont à situer du côté de l’Europe, plus particulièrement en Allemagne de l’Ouest. Contemporains de Bowie ou d’Iggy Pop (eux-mêmes de grands fans), Ralph Hütter et Florian Schneider, membres fondateurs de Kraftwerk, ont une approche nouvelle de la musique, moins artistique mais plus laborieuse, travaillant le son jusqu’à l’extrême. Ils ont ainsi jeté en quelques albums expérimentaux les bases de la musique électronique en général et de l’électro-pop en particulier. Si AUTOBAHN ou RADIO-ACTIVITY sont des albums intéressants (mais inégaux), si TRANS EUROPE EXPRESS est un exemple de techno-pop parfaite, Kraftwerk sort en 1978 son meilleur album (et également le plus abordable) : THE MAN MACHINE.

Au premier coup d’œil sur la pochette, on devine les deux principales influences du groupe : le constructivisme soviétique (prédominance du rouge) et l’expressionnisme germanique (référence à Fritz Lang). L’écoute ne fait que confirmer cette impression : l’ensemble concocté est magnifiquement froid et minimaliste. Les mélodies, surlignées par d’entêtantes boucles répétitives, sont hypnotiquement planantes. Quant à l’aspect robotique de l’œuvre, il est mis en valeur par la pureté des sons et la simplicité des rythmes des 4 clones animés de Düsseldorf, ainsi que par la voix de Ralph Hütter, passant du métallique désincarné (The Robots) à la blancheur spectrale (The Model).

Digne d’un roman d’Isaac Asimov, l’atmosphère visionnaire imprégnant cet album nous propulse directement vers le futur, dans un monde déshumanisé décrit en 6 actes : The Robots (chanson robotique électro-pop par excellence), Spacelabs (envolées cosmiques synthétisées), Metropolis (digne support éponyme du film), The Model (sublime pop-song glacée comme de l’azote liquide), Neon Lights (splendide représentation d’une ville désertique et éclairée) et The Man Machine (digne conclusion de l’ensemble, avec son refrain très… machinal).

Album phare par excellence, THE MAN MACHINE influencera des générations entières, de la New-Wave (Depeche Mode, Human League…) à l’électro-rap, en passant par l’inévitable techno, qui n’arriveront jamais à surpasser l’original.

 

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