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The Who |
TOMMY |
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Aussi étrange que cela puisse paraître, Pete Townsend avait complètement abandonné l'usage des stupéfiants au moment où il lance les bases de ce qui allait devenir l'un des albums cultes des Who (avec My Generation, of course, ou le Live at Leeds). Inspiré par le mysticisme philosophique de Meher Baba, Pete lance ses premiers coups de boutoir dans The Who Sell Out avec Rael 1 + 2 ou It's a girl, pour finir par accoucher du premier Opera-Rock de l'histoire. Si le terme Opera-Rock peut paraître pompeux, il n'est quand même pas choisi au hasard. Tommy a toute les caractéristiques d'un opéra : une histoire plutôt alambiquée (et c'est un euphémisme), des personnages, des chœurs, une mise en scène théâtrale, des compositions musicales soulignant l'intrigue et surtout une ouverture dans laquelle le groupe expose un florilège des thèmes marquants ou récurrents de l'album.
Venons en à l'histoire, elle est loin d'être triste. Un beau matin de 1921 le capitaine Walker revient de la guerre et surprend sa femme en compagnie d'un autre homme. Il tue ce dernier devant les yeux de son fils, le petit Tommy. Le couple, se retrouvant avec un macchabée dans le placard et un témoin plutôt gênant, répètent à Tommy qu'il n'a rien vu, rien entendu et qu'il doit se taire. Le gamin prend ça au pied de la lettre et devient aussitôt sourd, muet et aveugle. Les parents, plus ou moins rongés par la culpabilité, tentent tout pour le guérir : médecins, guérisseurs, même une prostituée-dealer, rien n'y fait. Pire encore, Tommy, devenu une star parmi les joueurs de flipper, est martyrisé par son cousin Kevin et son oncle Ernie abuse de lui. Un beau jour, Tommy est amené par sa mère devant un docteur qui le place devant une glace. Devant son reflet dans le miroir, Tommy reste pétrifié, ce qui fini par énerver sa mère, qui le projète au travers. Et là, miracle, Tommy est guéri. Comme n'importe quel miraculé, il va devenir une rock star et fonder sa propre secte, dont les membres sont censés se priver de leurs sens pour suivre le parcours initiatique du maître. Cependant, ce genre de blague ne les amuse que 5 minutes, et ils finissent par se rebeller en laissant Tommy seul sur les décombres encore fumantes du Tommy Holiday Camp.
L'album est un subtil mélange de plusieurs ingrédients qui en définissent sa saveur particulière. Les Who nous ont concocté un puzzle sonore mêlant leurs traditionnels morceaux pop musclés de bonne facture (Pinball Wizard, The Acid Queen, I'm free, Go to the mirror, Sally Simpson, Christmas), des courtes transitions narratives rythmant l'ensemble de l'œuvre (There's a Doctor, Do you think it's alright?, Miracle Cure), quelques passages d'une cruauté insoutenable signés John Entwistle (Cousin Kevin, Fiddle about), la petite farce habituelle concoctée par Keith Moon (Tommy's Holiday Camp), de magnifiques compositions musicales (Overture, Sparks, Underture) et quelques morceaux épiques (Amazing Journey, Welcome, et surtout le splendide final We're not gonna take it, digne conclusion de l'album).
Niveau instrumentation, Pete Townsend
alterne habilement guitares acoustiques et électriques, faisant
admirer à la fois sobrement et violemment son panel technique et sonore.
John Entwistle ne se contente plus de poser la base rythmique
par ses riffs de basse en fournissant un son plus aérien par l'utilisation
de cuivres. Si le jeu impressionnant de Keith Moon
surprend toujours autant, ses rafales de batteries semblent désormais
avoir gagnées en maturité. Enfin le chant de Roger
Daltrey, qui assure l'essentiel des compositions vocales (laissant
quelques morceaux à Pete et John) est plus sûr, plus posé,
tout en gardant son aspect brut de décoffrage et sa naïve sensibilité.
Quant à ceux qui veulent aller plus loin dans l'introspection tommyienne,
des versions quasi intégrales de l'album en concert sont disponibles
dans le Live at the Isle of Wright et dans le Live
At Leeds (version Deluxe) ; même si la qualité sonore
y perd ce que la puissance y gagne.
| ZeRipper |