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Joy Division |
UNKNOWN PLEASURES |
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S’il ne doit subsister dans les mémoires tortueuses et souterraines du rock qu’un seul groupe digne de nous plonger avec délectation dans des abîmes de noirceur, de dépression et de malaise, ce ne peut être que Joy Division (dont l’origine du nom provient du surnom donné dans le livre House of Dolls aux bordels des camps de concentration). L’atmosphère imprégnant leurs disques (malheureusement trop peu nombreux) est une fidèle représentation sonore du spleen de Baudelaire, cette impression sournoise de pesanteur oppressante, étouffante, angoissante.
Le premier album de ce groupe mythique marque le début
de ce qui va s’appeler la "Cold Wave", c’est à
dire une musique à la fois belle, glacée, impérieuse
et pleine de souffrance. Ici, la douleur profonde et le mal-être existentiel
présents dans les textes sont pleinement exprimés au niveau
musical. La basse proéminente de Peter Hook
rampe sournoisement tout au long des dix titres, reléguant au second
plan les riffs de Bernard Sumner, tranchants comme
des lames de rasoir et le rythme hypnotique des roulements de Stephen
Morris.
Mais ce qui tétanise le néophyte à la première
écoute, c’est la voix de Ian Curtis,
semblant provenir d’outre-tombe. A la fois grave, profonde et complètement
hallucinée, elle plonge l’auditeur dans une complète transe
somnambulique et souligne toute la détresse de ce jeune homme de vingt-trois
automnes, épileptique aux yeux vides, dépressif de génie,
qui terminera l’année suivante sa danse macabre au bout d’une
corde.
Il serait également injuste de passer sous silence le magnifique travail de Martin Hannett à la production. Ce dernier a su apporter à l’ensemble une texture dense (en évitant de traiter chaque instrument individuellement) et savamment ajouter quelques sonorités (tels que des bris de verre) renforçant l’aspect claustrophobe de l’œuvre. Il récidivera avec bonheur dans le second (et dernier) album du groupe, Closer, qui va unir la fin de Joy Division avec celle de Ian Curtis. Quelques albums paraîtront par la suite à titre posthume (Substance, Still), les trois survivants étant partis naviguer vers d’autres rivages plus électroniques sous le nom de New Order.
En guise de conclusion, Unknown Pleasures
est bien évidemment indispensable à tout bon maniaco-dépressif
amateur de musique, celle des profondeurs introspectives.
| ZeRipper |