Van Lear Rose

Loretta Lynn

VAN LEAR ROSE

2004 : Loretta Lynn sort l’album Van Lear Rose. Cette légende vivante de la country a connu une existence digne d’un film hollywoodien : une success story comme les américains raffolent. Fille de mineur, elle se marie à 13 ans, a son premier enfant à 14. A 21 ans, elle en compte 6 ! N’importe quelle femme serait sortie épuisée d’une telle épreuve. Pas Loretta Lynn, puisque c’est à 27 ans qu’elle trouvera les ressources pour commencer une carrière dans la country, à l’aube des sixties. Et c’est le début du succès : 26 de ses titres se classeront #1 ! Mais le vent tourne, les épreuves continuent pour Loretta qui aura grand mal à se remettre du décès de son mari. Comme toujours, elle relève la tête et arrive aujourd’hui toujours fringante, drapée de cette aura de respectabilité qui sied tant à ces artistes qui on su traverser les âges.

La question est : qu’a-t-elle donc encore à nous transmettre ? Qu’est-ce qui la pousse à sortir un nouveau disque ? Certains diront que la réponse réside dans la présence de Jack "seven nation army" White, le leader des White Stripes, aux manettes de la production. Avec le style brut et sans fioritures qu’on lui connaît bien, il a épuré le son qu’on peut attendre de ces artistes mainstream de la country : exit slides dégoulinantes, guitares paresseuses… voici un son rajeuni, rêche, à la limite du blues. Mais selon moi, la réponse est ailleurs : ce qui la pousse à continuer, c’est toujours cette même force intérieure inébranlable qui l’a poussée à devenir artiste malgré son lourd vécu. Force qui n’a pas faibli avec le temps, et jaillit encore avec vigueur de ce corps de vieille femme à travers sa voix : elle transpire une envie, une ardeur extraordinaires. Loretta chante formidablement, et ce avec plus de rock’n’roll et d’énergie que n’importe quelle pimbêche poseuse qui a la moitié de son âge !

Parlons un peu de l'album : on y trouve de la plus pure country. Des ballades tranquilles portées par la voix de Mrs Lynn, comme Van Lear Rose ou Trouble on the line ; Little red shoes chanson presque parlée, au rythme syncopé, hypnotique. On trouve même un High on the mountain top très "scout", qu'on imaginerait bien en bande son du "Hamster Jovial" de Gotlib. Mais attention, les frontières (certes ténues) du blues et du rock sont allègrement franchies d'un titre à l'autre et c'est sur ceux là qu'on sent le plus la patte de Mr White (Have mercy, incisif, ou son excellent duo avec Jack White, Portland, Oregon). J’en passe, et des meilleures : l’album est complet, rien à jeter !

Si je ne devais vous donner qu’un titre qui résume l’album : Mrs Leroy Brown. Une guitare bottleneck joue l’intro, tout ça sonne blues ; des percussions binaires démarrent (qui ne sont pas sans rappeler Hotel Yorba des White Stripes) et la voix nous tombe dessus, percutante : la mélodie part, tous les éléments s’assemblent ! Ca y est, on dodeline de la tête, on tend la main pour lancer son chapeau en l'air. Quoi ? J’ai crié "yi-haaa" ? Mais c’est parce que c’est bon, nom de dieu ! Et oui: voilà l'album qui va vous convaincre de porter chapeau de Cow-Boy et veste à franges!

 

  Jim Bee