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LOU REED Casino de Paris |
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Antony ou Antonny ?
Une soirée de rock’n’roll et de poésie au programme.
Bon, Lou Reed ne nous a jamais trop déçus depuis l’album
New York. Ok, rien de nouveau sous le soleil (ça fait
beau temps que Lou Reed a cessé d’être à la pointe
de quoi que ce soit – depuis la fin du Velvet, en fait). Mais voilà,
son désormais sempiternel quatuor 2 guitares – basse –
batterie est carré et très efficace, tout à fait suffisant
pour les gens qui apprécient Lou et n’ont jamais décroché
malgré les abîmes au fond desquelles il est tombé au cours
de sa carrière. La tournée pour le précédent album,
Ecstasy, était excellente. C’était la
première fois que je le voyais en concert et j’avais été
soufflé par le professionnalisme de l’ensemble. Son groupe était
tout entier dédié à créer un son propre, sans
une note superflue. Une tournée sans surprise par rapport à
l’album, mais intense. J’étais plutôt confiant quand
j’ai acheté ma place cette année.
Me voilà donc dans le cadre luxueux du Casino de Paris. Un rapide examen,
et on peut remarquer deux choses : la présence d’un violoncelle,
et l’absence de batterie. A ce moment, j’ai eu une grosse crise
d’angoisse : bon dieu, il n’allait pas nous servir deux heures
de lecture ininterrompues, quand même ? L’homme a prouvé
par le passé qu’il était capable de tous les pires affronts
envers son public et le bon goût. Mais voilà, les doutes furent
vite dissipés quand un Lou apparemment d’excellente humeur commence
les premières mesures de Sweet Jane. D’habitude,
c’est le genre de chansons qu’il garde pour les rappels. De bonne
augure. Le groupe prend place. Effectivement, pas de batterie. Deux de ses
désormais habituels comparses (Mick Rathke, guitare/piano et Fernando
Saunders, basse), plus la violoncelliste, et… Antony (ou Antonny?),
une sorte de gros poupon boudiné dans des habits noirs, qui va s’asseoir
dans son coin, bien sagement, comme un gamin appliqué (rétrospectivement,
on aurait bien aimé qu’il reste là sans bouger et à
la boucler pendant tout le concert.). Bref, le son se met en place doucement,
et ça commence à prendre forme. Mais voilà, lorsque Lou
présente son groupe au cours de Sweet Jane
on découvre tout à coup le fabuleux organe d’Antony. Enfin,
fabuleux, c’est ce que semble penser l’unique Lou Reed qui le
couve respectueusement (amoureusement ?) du regard. A ce moment là,
je n’avais pas encore pris la mesure du désastre que ce mec représenterait
pour la suite du concert.
Lou Reed enchaîne les chansons, c’est plutôt pas mal. On
est content, par exemple, quand il joue Men of good fortune.
Puis tout change avec la suivante, pourtant pas la plus mauvaise : How
do you think it feels. C’est là que j’ai
décroché, et que je me suis retrouvé sur une pente glissante.
Jusque là, j’avais toujours pensé que ce groupe était
approprié pour ce que faisait Lou Reed. Le fait est que ça faisait
un moment que ça marchait. Mais voilà, il se trouve que Saunders
a décidé de sortir de son rôle de bassiste solide et sans
fioritures. Maintenant, il se permet d’élargir de ses attributions
originelles et de se mettre aux chœurs. De prendre des libertés.
Avec son pote Antony, il n’y a pas à dire, ils ont une capacité
à vous dégueulasser une chanson de façon radicale et
irrémédiable (jamais deux voix ne se sont aussi mal mariées
avec celle de Lou Reed). Imaginez les Poetic Lovers ou R Kelly reprenant du
Velvet… Même Jennifer Lopez ou Céline Dion n’auraient
fait mieux. Je pense que ces deux là ont largement mérité
de faire partie de la désormais mythique liste des collaborateurs foireux
de Lou Reed, aux côtés des Rick Wakeman, Steve Howe et autres
Michael Fonfarra.
Lou Reed a beau s’exclamer « What a voice ! » dès
que son protégé Antony entonne un air, on a du mal à
le suivre sur ce chemin. Le public est dubitatif. Il applaudit encore après
des chansons massacrées, mais le cœur n’y est plus (moi
ça fait beau temps que je faisais la gueule et que je regardais presque
avec envie ceux qui avaient décidé de sortir avant la fin).
Par moments, quand on entend moins les voix de ces deux boulets, on retrouve
du plaisir : la version de The bed et celle de
Venus in furs sont excellentes. Mais voilà,
on touche parfois tellement au grand guignolesques que c’en est affligeant.
Quand Lou Reed commence All tomorrow’s parties,
on oscille entre le désir de hurler sa joie d’entendre un de
ces chansons mythiques en live, et la peur de la voir encore démythifiée
en une version immonde. Et on eut droit à une version horrible, où
l’entrelacs des voix de Antony et Saunders atteint un sommet de laideur.
Le pic fut atteint lorsqu’au beau milieu de la chanson, un huluberlu
asiatique sort en kimono et se met à faire des pseudo figures d’art
martial. On touche alors à un art complet : le paroxysme du mauvais
goût, un mauvais goût qui fait exploser les frontières
entre la musique, les arts martiaux et la poésie. Une mixture plus
qu’indigeste qui vous retourne l’estomac en moins de deux !
Et on n’avait pas tout vu ! Car Lou Reed tenait à prouver qu’il
n’était pas seulement capable de massacrer ses propres chansons
(comme Sunday Morning, quelques minutes après,
encore une du Velvet que je ne pourrai plus jamais écouter avec le
même ravissement que par le passé), non, il sait aussi apprécier
les horreurs des autres (là, j’ai repensé, en un flash,
à ces interviews avec Lester Bangs où Lou Reed lui faisait écouter
la pire soupe en lui soutenant que c’était excellent). Notamment
celles de… Fernando Saunders ! Non content de nous faire chier avec
ses vocalises sur quasiment toutes les chansons, le voici qui nous fait cadeau
de sa dernière compo, que Lou Reed est ravi de nous présenter
: Reviens Chérie. Une espèce de daube
R&B, chantée par un Saunders transcendé, qui se la joue
Stevie Wonders des égouts (Lou Reed a toujours été fasciné
par la fange, ça ne m’étonne pas qu’il en remonte
des morceaux comme ce mec là !). C’aurait dû être
le pire des moments, mais non, il avait déjà eu lieu avant.
A ce moment, j’étais déjà anesthésié,
tout a glissé sur moi sans faire de vagues. Je pensais presque à
arrêter d’enregistrer le concert, de toute façon qu’est-ce
que j’allais faire d’un truc pareil ? Mais je suis resté
jusqu’au bout, tenace, toujours suffisamment optimiste pour croire que
la prochaine serait meilleure, mais non ! Toujours ostensiblement cradossée
par Antony, décidément pas en reste (voir Set the
twilight reeling, nulle à chier, avec en prime, comme
si ça suffisait pas, un solo de basse totalement hors de propos), et
avec des apparitions sporadiques de « Maître Kim-machin »
en kimono. Je vous passe les détails, le groupe part, revient pour
le rappel, Lou Reed nous prévient qu’il va jouer une chanson
du Velvet, mais que lui ne peut plus la chanter, aussi laisse-t-il la parole
à Antony - The Voice - sur Candy Says (beurk
!), qui essaie d’imiter Joe Cocker avec ses mains (déjà,
pas une très belle référence), mais qui ressemble plutôt
à un type qui souffre pas mal des hémorroïdes. Deux chansons
plus loin, ça se termine, pour mon plus grand soulagement. Bizarrement,
j’avais pas envie de faire une ovation à Lou Reed, ce soir là.
Au final, on aura donc eu d’excellents moments (Venus in
furs, The bed, Dirty Boulevard,
Waltzing Mathilda), mais ce qui restera est un
énorme sentiment de frustration au vu du nombre de chansons, notamment
des grands classiques, complètement ratées. Le problème
de Lou Reed en ce moment, ce sont à nouveau ses collaborateurs, et
on peut craindre qu’il ne les garde encore un moment : il a l’air
de bien les aimer, et ils ne risquent pas de lui faire d’ombre vu leur
absence de talent !
Alors maintenant que je vous ai un peu expliqué le topo, j’aimerais
revenir sur un point : Antony. Mais qui est-il donc ? Serait-ce la nouvelle
muse de Lou Reed, comme le fut Rachel au moment de Coney Island Baby
? C’était peut-être un horrible trav’ à barbe,
mais au moins Lou Reed ne l’avait pas fait chanter, et l’album
en question reste un de ses meilleurs. Alors, Antony ? Peut-être y a-t-il
un lien quelconque et secret qui les unis (je ne veux pas m’occuper
de la vie privé de Lou Reed, et encore moins de celle d’Antony),
ou alors pense-t-il VRAIMENT qu’il tient entre ses mains un réel
génie ? Je n’ai pas la réponse, mais par contre j’ai
la réponse à cette question : Antony, ou Antonny ? Mais pardi,
c’est évident ! Antonny, avec deux N comme connard !
| Jim Bee |