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PIXIES Zénith de Paris- 07/06/2004 |
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Un vieil adage bergsonien l'affirme : le rock se forme en se reformant. Toute son histoire est parsemée de sempiternelles séparations puis reformations puis re-séparations... un cycle universel. Mais jusqu'à présent, nous avions LE contre-exemple : les Pixies. L'éclatement de ce groupe mythique, il y a près de 14 ans, nous semblait définitif, tant la collaboration a semblé laissé place à la haine entre les deux égos surdimensionnés de Charles "Black Fancis" Thompson IV et Kim Deal. Et depuis quelques mois, l'improbable, l'impensable, l'incroyable s'est produit : le temps d'une tournée gigantesque, ravageant la vieille Europe et le nouveau Monde, les quatre bostoniens sont de retour, ensembles.
Si l'Homme est 5, si le Diable est 6 et si Dieu est 7, alors nos braves Farfadets sont 6 et demi, l'agressivité démoniaque franckblackienne associée à la douceur angélique kimdealienne. Et peu importe ces années perdues ayant laissé des traces plus que visibles, l'énergie est, elle, toujours présente. Les Pixies ne sont pas les précurseurs du hardcore pour rien ! Et pas le temps de plaisanter. Les titres, brutaux, rapides, sont enchaînés à cent à l'heure, éructés par un Franck Black suant à grosses gouttes et hurlant tel un écorché vif, tempérés par la voix finement ciselée et la basse-clef-de-voute de Kim Deal, soutenus par le martèlement lourd de Dave Lovering et les riffs incisifs ultra-larsenisés de Joey Santiago. Tous les classiques y passent, de l'ouverture (Bone Machine) au rappel (Gouge Away, Debaser, Tame) en passant par Where's my Mind, Holiday Song, Gigantic, Caribou, Monkey Gone to Heaven, Wave of Mutiliation, Here Comes Your Man... et le Into the White réservé à un public venu en masse. Un nombre incroyable de tubes et titres accrocheurs, puisés dans seulement quatre albums.
Nos quatre comparses à nouveau réunis ont développé
dans l'antre zénithienne un son lourd et saturé, à l'image
de l'atmosphère ambiante, celle de l'histoire en marche. Ils ont mis
à mal nos tympans déjà forts entamés par les volutes
stridentes de Mogwai (en première partie), mais tels des terroristes
soniques, ils nous ont fait exploser dans un maelström de bonheur frénétique.
C'est épuisant, c'est douloureux, c'est si bon qu'on en veut encore.
Oui, nous sommes de vrais masochistes, mais ça fait tellement longtemps
qu'on attendait ça.
| ZeRipper |