This is... Spinal Tap
This is...
SPINAL TAP

1984 : U2 sort son album à ce jour le plus vendu : The Unforgettable Fire ; Prince fait tomber sa Pluie Pourpre sur nos têtes ; Frankie Goes To Hollywood illumine les boîtes de nuit avec son tube Relax et pour ses 20 ans, Spinal Tap entame une tournée historique aux Etats-Unis. Mais avant d’aller plus loin, un petit cours d’histoire.

1964 : David St Hubbins (chanteur) et Nigel Tufnel (guitariste) forment ensemble un groupe, The Originals, puis The New Originals (le nom The Originals avait déjà été pris par un groupe londonien), et enfin Thamesmen. On y retrouve également Ronnie Pudding (ex Cheap Dates ) à la basse et John "Stumpy" Pepys (ex Leslie Cheswick Blues Explosion) à la batterie. Ils sortent un single très kinksien, Gimme some money avec en face-B Cups and cakes, tous deux enregistrés dans les studios d’Abbey Road. Ils effectuent ensuite une tournée en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg, accompagnés aux claviers par Jan Van der Kwelk. Ils reviennent alors en Grande-Bretagne sous le nom Dutchmen.

L’année suivante, le nom de la formation originale bouge énormément, devenant successivement les Ravebreakers, Doppel Gang, Silver Service, Bisquits, Love Bisquits, Tufnel-St Hubbins Group et enfin Spinal Tap. Ils jouent un rock beaucoup plus psychédélique et d’inspiration orientale, comme le prouve leur single (Listen to the) Flower People écrit par Pudding. Ce dernier va quitter le groupe pour fonder Pudding People, avec leur fameux I am the Music, tiré de l’album I AM MORE MUSIC (1967).

C’est naturellement que Derek Smalls (ex Skaface) rejoint Spinal Tap pour enregistrer leur premier album, sobrement intitulé SPINAL TAP (ou SPINAL TAP SINGS (LISTEN TO THE) FLOWER PEOPLE aux USA), couronné par un disque d’or. Leur deuxième album, WE ARE ALL FLOWER PEOPLE, est par contre un échec commercial. Le groupe part alors en tournée en Europe, et acquiert au cours du périple un son de guitare plus lourd, plus dur. Leur concert enregistré à Wimpton lors du Electric Zoo deviendra leur premier album live, SILENT BUT DEADLY.

C’est à ce moment que Pepys décède tragiquement dans un accident de jardinage. Il est remplacé par Eric "Stumpy Joe" Childs (ex Woolcave). Spinal Tap devient alors un groupe de hard rock à part entière et enregistre successivement les albums BRAINHAMMER (1973 – single : Big Bottom), BLOOD TO LET, NEVER DAMAGE et INTRAVENUS DE MILO (1974 – single : Tonight I’m gonna rock you tonight).

Pour enregistrer l’album THE SUN NEVER SWEATS (1975 – single : le "fameux" Stonehenge), ils engagent aux claviers Ross MacLochness (ex Kilt Kids) et Peter James Bond, chargé de remplacer Stumpy Joe Childs, mort étouffé par du vomi... qui s’était avéré ne pas être le sien. Ils partent dans une tournée asiatique ponctuée par leur deuxième album live : JAP HABIT. Suite à ce périple, MacLochness quitte le groupe pour devenir missionnaire en Namibie. Il enregistrera plus tard un album solo : DOESN’T ANYBODY HERE SPEAK ENGLISH ?

Pour l’album BENT FOR THE RENT (1976, single : Hevy Duty), un nouveau claviériste se pointe : Viv Savage (ex Aftertaste). C’est à cette période que Spinal Tap se retrouve à la Une des journaux, lorsqu’ils attentent un procès à leur label, Megaphone, pour une histoire de royalties non perçus. Megaphone contre-attaque en poursuivant le groupe pour "manque de talent".

C’est ainsi logiquement que Spinal Tap signe chez Polymer Records, et remplace Bond, mort de combustion spontanée, par Mick Shrimpton (ex-candidat du concours de l’Eurovision). Les albums s’enchaînent : ROCK AND ROLL CREATION (1977 – single : Rock and Roll Creation), puis SHARK SANDWICH (1980 – single : Sex Farm) et SMELL THE GLOVE (1982 – single : Hell Hole). Arrive ainsi l’année 1984, avec un nouveau single (Christmas with the devil) et la fameuse tournée aux USA fimée par Marty DiBergi dans son fameux rockumentaire THIS IS SPINAL TAP.....



Allez, trèves de balivernes, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, précisons-le une fois pour toute : Spinal Tap n’existe pas... réellement. Etonnant, non ? Ce groupe est sorti tout droit de l’imagination de Rob Reiner (réalisateur de Quand Harry rencontre Sally et de Stand by me) et de quelques amis acteurs et musiciens à leurs heures : Michael McKean, Christopher Guest et Harry Shearer (une des voix des Simpsons). Ils donnent ensemble naissance à un faux documentaire sur la tournée désastreuse aux USA d’un groupe de heavy metal déliquescent, destiné à se foutre de la gueule des pseudo groupes hard-rockeurs du moment.

Dans cette hilarante satire grand-guignolesque, tous les poncifs du genre sont présents, des risibles pantalons moule-burnes aux show scéniques d’un ridicule navrant, des pensées philosophiques dignes d’un élève attardé de maternelle inférieure aux envolées poétiques du niveau d’un candidat de Loft Connerie. Tout y passe : managers dépassés par les événements, duels d’égos, concerts foireux (costumes ridicules, décors pourris, effets spéciaux ratés), chansons nullissimes aux paroles crétinisantes, pochettes d’albums typiques du style avant-gardiste heavy-metaloïdien, cultures et croyances des membres du groupe atteignant le niveau du 20ème sous-sol des égouts de Paris…

Le tout est illustré par des scènes d’anthologie d’une drôlerie féroce, tels que les amplis allant jusqu’à 11, la guitare avec l’étiquette, l’œuf qui refuse de s’ouvrir, le dolmen de Stonehenge, les batteurs explosifs ou le spectacle de marionnettes (que ceux qui ne comprennent pas regardent d’urgence le film!). C’est peu dire qu’à la vision de ce film, on se délecte pendant une heure et demi, on s’esquinte les zygomatiques, on se martyrise les côtes, on risque à tout moment l’incontinence urinaire.

S’il est drôle (et carrément bien foutu), la vraie réussite du film réside dans le réalisme de l’imposture : si Spinal Tap était un vrai groupe, on ne verrait pas la différence. A tel point que le faux trio (Guest, McKean et Shearer) a enregistré un vrai album intitulé BREAK LIKE THE WIND. Reiner et ses potes remettent ainsi à leur vraie place les hardos des années 80 : au cirque ou au cabaret, à côté des clowns et autres comiques de service (que celui qui n’a jamais trouvé ridicule un groupe comme Motley Crue me jette la première pierre !).

En guise de conclusion, laissons la parole à Nigel-le-guitar-hero pour cette petite phrase (que n’aurait pas reniée Yngwie Malmsteen) : « tu vois, je suis inspiré par Mozart et Bach… du Mach en quelque sorte ». Edifiant !

 

  ZeRipper